Interview de Laurent DUBOIS, septembre 2008.

Laurent Dubois a 39 ans, c'est un ancien pêcheur. Treize ans de navigation stoppés net par un accident en mer. Pour rester proche du monde des marins, Laurent, déjà engagé dans l’association Itsas Gazteria, décide de poursuivre son travail sur la récupération des déchets en mer.

En 2002, le Conseil Régional d'Aquitaine s’intéresse à cette même problématique et lance un appel à projets « nettoyer la mer ». Pour y répondre, un groupement d’entreprises est créé entre Itsas Gazteria, Bertin Technologie, SITA et Environnement Intervention. Ce nouveau partenariat remporte l'appel à projets et se lance dans l’aventure. Laurent est embauché par Itsas Gazteria, à temps complet, pour mener à bien le projet « pour une mer propre ». Tout ceci débute en janvier 2003, pour huit mois d'expérimentation. Laurent distribue des sacs poubelles aux pêcheurs, tout en les sensibilisant à la problématique des déchets en mer. Il gère également des bennes à ordures mises à disposition des pêcheurs à quai. Ses tournées passent par le Verdon, le Bassin d’Arcachon, Mimizan, Capbreton, Hendaye et St Jean de Luz. En huit mois, 80 tonnes de déchets sont ramenées à terre par les marins aquitains.

A la fin du projet, les financements s’arrêtent, mais Laurent Dubois par conviction professionnelle ne peut se résoudre à tout abandonner en si bon chemin. Sa motivation et son énergie seront récompensées en mars 2004, lorsqu’une subvention de la Région Aquitaine permet à l’IMA de l’embaucher pour poursuivre sa mission.

Avec le temps, petit à petit, son action prend de l’ampleur. Laurent Dubois présente le projet lors des fêtes de la mer de Capbreton et de port Médoc, du salon nautique d’Hendaye, lors des 18 heures d’Arcachon ainsi qu’à l’occasion de l’opération Quai des vins à port Médoc. Il intervient au lycée maritime de Ciboure, sur une formation BAFA et des échanges sont organisés avec des écoles en Gironde (Arcachon et Médoc), dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. Aujourd’hui, du mois de mai au mois de septembre, des actions de sensibilisation sont également menées auprès des plaisanciers et des ostréiculteurs. Laurent aborde ces autres utilisateurs de la mer en leur distribuant non seulement des sacs poubelles, mais également quelques prospectus présentant le projet et les résultats obtenus. Il prend le temps de parler avec chacun, car selon lui rien ne peut remplacer l’échange humain dans ce processus de prise de conscience. Et cela fonctionne, l’accueil est bon, attentif ; les résultats sont là : 500 tonnes de déchets récupérées en cinq ans.

Le projet prend un nouveau tournant grâce à François Gallet, également salarié de l’IMA, et ses contacts avec l’Afrique. En effet, Laurent Dubois avait pris l’habitude de trier le matériel de pêche usagé ainsi que le matériel de sécurité, mais la nouvelle vie de ces objets n’était pas évidente. Avec François Gallet, la réponse était trouvée : envoyer le matériel en bon état à une communauté de pêcheurs où ce matériel pourrait trouver un second usage . Ainsi, 90 m3 de matériel ont rejoint la Côte d’Ivoire et la Guinée Conakry. Le futur envoi sera pour Haïti, en partenariat avec le Conseil Régional Aquitaine.

Le projet avançait donc bien : sensibilisation des pêcheurs et ostréiculteurs, des plaisanciers et du grand public, sensibilisation des enfants, action de solidarité… et pourtant, un problème persistait. La plupart des filets, même s’ils étaient en bon état, étaient beaucoup trop grands pour être travaillés à partir d’une pirogue et Laurent ne trouvait pas leur « seconde vie ». Puis, là encore, la solution est arrivée : le recyclage. En 1.5 an de collecte et 4 mois de tri, Laurent a rempli et envoyé 80 big bag de filets destinés à être recyclés pour la fabrication d'objets en plastique.

Aujourd’hui, le projet apparaît complet : sensibilisation, récupération, réutilisation et recyclage. Laurent Dubois n’envisage pas de développer une nouvelle entrée, par contre, il aimerait renforcer son action auprès des scolaires pour que cette jeune génération comprenne au plus vite tout l’enjeu des actions « pour une mer propre ».