C'est l'été, il fait beau, et vous cherchez en vain L'article à lire sur la plage... Quelque-chose de léger (c'est tout de même les vacances!), mais de pertinent (pour un bronzage intelligent)...
Vous devriez donc vous régaler avec ce billet plein d'humour (noir?)!

Cet article est tiré du site de la NFFO (National Federation of Fishermen's Organisations), qui est la fédération britannique des organisations de professionnels de la pêche.
Ce discours va vous sembler très spécifique au Royaume-Uni, avec ses exemples axés "pêcheries de cabillaud", par lesquels la flottille aquitaine n'est pas très concernée.
Mais croyez-en notre expérience, il vous suffit de changer les noms d'espèces, de zones de pêche, de flottilles... et voici un "kit" à l'usage des journalistes du monde entier (tout du moins des pays "riches"!)


Petit kit de débutant à l’usage des journalistes paresseux.

La vague de récits superficiels et sensationnalistes qui a récemment déferlé dans les médias a conduit la NFFO (National Federation of Fishermen’s Organisations / Fédération Nationale des Organisations de Pêcheurs) à préparer un « kit du débutant » à l’intention des journalistes trop paresseux pour s’efforcer de comprendre le secteur de la pêche professionnelle.
Ce « kit » se présente sous forme de « A faire » et « A ne pas faire »:

A faire :
  • Commencer par un titre banal et tragique: "La morue a-t’elle eu ses frites?", ou "Qui a mangé tous les poissons?" sont de bons exemples du genre. Le point d’interrogation est une bonne idée, car il évite d’avoir à fournir les preuves corroborant ces affirmations puériles.

  • Faire appel aux terrains de football et aux Boeing pour décrire les filets utilisés par la flottille du Royaume-Uni. Il n'est pas nécessaire de nuancer cette image en indiquant que seule une poignée de navires britanniques utilisent des filets à peu près comparables à ce genre de description, et qu’ils sont exclusivement utilisés par les pélagiques, qui ces jours-ci sont généralement considérés comme des modèles d’efficacité et de durabilité.

  • Se référer au Professeur Robert Calum et au journaliste Charles Clover en tant qu’autorités dans ce domaine. Il n'est pas indispensable de préciser que le premier est considéré par les scientifiques des pêches les plus sérieux comme un fanatique ayant une approche fortement sélective quant au choix des arguments étayant ses affirmations.

  • Généraliser sans aucune retenue. Le prix dans la catégorie de l’extrapolation insensée va à Boris Worm, de l'Université Dalhousie de Halifax, en Nouvelle-Écosse, qui prédit l’effondrement de tous les stocks de poisson commerciaux pour 2048.

  • Il est important, dans la mesure du possible, de ne pas entacher l’image de profonde morosité, d’irresponsabilité environnementale et d’illégalité qui est dépeinte, avec de trop nombreux exemples de coopération entre les pêcheurs et les scientifiques pour la conception de mesures de conservation efficaces.

  • Utiliser n’importe quelles affirmations non étayées, comme par exemple: "En Europe, 50% des cabillauds que nous mangeons ont été pêchés illégalement". Les autorités islandaises et norvégiennes, d’où proviennent la plupart de nos cabillauds (et il en a toujours été ainsi) seront surprises de l’entendre, leurs modes de gestion étant généralement tenus pour exemplaires.

  • Soutenir les Aires Marines Protégées, non pas simplement comme un moyen de protéger la biodiversité, mais comme une panacée qui permettra de reconstituer les stocks, sans distinction d’espèce ni de situation, et ce malgré le fait que seules des espèces relativement sédentaires comme le homard ou les pétoncles, ou les poissons tropicaux, réagissent de cette façon. Dans des cas comme celui de Saint-Georges Bank où des stocks d’espèces plus mobiles comme le cabillaud et l'églefin ont été reconstruits, il est important de ne pas embrouiller le lecteur en lui suggérant que de nombreuses autres mesures ont également été mises en place et sont susceptibles d'avoir eu un rôle au moins aussi important dans la reconstruction des stocks.

À ne pas faire :
  • Ne pas faire référence aux 67% de réduction de l'effort de pêche sur le cabillaud de Mer du Nord depuis 2001, et ne surtout pas mentionner les plans de casse qui ont mis hors service une grande partie des flottes de pêche du Royaume-Uni, du Danemark, de la Belgique, de l'Irlande, ce qui a contribué à la réduction drastique de la pression de pêche.

  • Il n’est vraiment pas nécessaire de mentionner la reconstitution rapide des stocks de cabillaud de Mer du Nord, qui est due en partie aux mesures de gestion, et en partie à de meilleurs recrutements.

  • Ne pas citer toutes les mesures de reconstitution du cabillaud mises en place depuis 1999, qui comprennent l'amélioration de la sélectivité des engins, le renforcement des contrôles au débarquement, des fermetures de zones, des limitations de jours de mer, des quotas extrêmement restrictifs, et la désignation de ports spécifiques pour les débarquements.

  • Ne pas évoquer les partenariats où pêcheurs et scientifiques travaillent ensemble pour améliorer la qualité des évaluations de stock. A moins que cela puisse se faire d'une manière qui laisse entendre que ces initiatives corrompent l'indépendance et l'impartialité des scientifiques…

  • Ne suggérez certainement pas qu’un des facteurs du déclin des stocks de cabillaud dans les eaux communautaires à la fin des années 1990 puisse être en partie dû à un "regime shift" (NDLR: ce terme désigne une réorganisation d'un écosystème suite à d'importantes modifications environnementales). Celui-ci est lié à des variations de disponibilité de certains types de planctons à des étapes cruciales du cycle de vie du cabillaud.
    Mieux vaut se concentrer sur une description de pêcheurs avides, irresponsables et raisonnant à court terme.

  • Ne pas mentionner le nombre de navires de la flotte britannique qui ont adhéré au Responsible Fishing Scheme de Seafish. (NDLR : il s’agit d’un cahier des charges pour une pêche responsable).

  • Ignorez les initiatives de l'industrie de la pêche, comme la fermeture saisonnière de Trevose, les mesures visant à restreindre les prises de cabillaud, les fermetures en temps réel initiées par la profession (NDLR : ces fermetures permettent d’éloigner les navires des zones de concentrations de juvéniles de cabillaud, dès que ces zones de concentrations sont identifiées), les panneaux à mailles carrées, les panneaux permettant l’échappement du benthos, et une centaine d'autres exemples illustrant les réelles avancées de la profession vers les objectifs de conservation.

  • Ne pas tenir compte de l’existence des Conseils Consultatifs Régionaux (CCR) dans lesquels les professionnels de la pêche travaillent avec les scientifiques, les environnementalistes et les autres parties prenantes, pour fournir à la Commission Européenne et aux États membres des avis cohérents et fondés en vue d'améliorer le système de gestion actuel, communément considéré comme extrêmement complexe, mais bien trop lourd et centralisé.

  • Surtout ne jamais mentionner le fait que la pêche est une profession difficile, exercée dans un environnement hostile, où les pêcheurs luttent pour subvenir à leurs besoins, le tout dans un système de gestion contreproductif qui nécessite d’être réformé.

Nous espérons que cette liste constitue une base utile, permettant aux journalistes paresseux, qui ne prennent pas la peine d'enquêter sur les réalités de l'industrie de la pêche, de rédiger un certain nombre d'articles.
L'autre type de journalistes est invité à appeler la NFFO.


Il s'agit d'une libre traduction à titre purement informatif, par Alice Khayati, chargée de missions au CRPMEM.
Pour les bilingues, la version originale est ici.
L'article original a été publié sur le site de la NFFO le 27/04/2009.